Le parcours d'un géant
Rémy Nussbaum (balle au pied) poursuivi par les défenseurs adverses : une image fréquente à Preuschdorf. (Photo DNA - Jean-François Badias)
C'est l'histoire d'un garçon discret et posé qui ne fait rien pour se faire remarquer. Mais Rémy Nussbaum (U.S.Preuschdorf) avec ses 1,98 mètres sous la toise et ses innombrables buts marqués a quelques difficultés à passer inaperçu.
Ses premiers pas de footballeur c'est à Soultz qu'il les fait avec un entraîneur qui l'a particulièrement marqué, et qui a été son seul coach jusqu'en sénior. Quand il parle de Henry-Jacques Hoeffler son visage s'illumine : " il était strict et sévère, mais c'est le meilleur entraineur que j'ai eu jusqu'ici. C'est lui qui m'a tout appris".
Les résultats sont au rendez-vous de cette période bénie, trois fois champion d'Alsace en pupille, minime et cadet, excusez du peu.
" Mon style de jeu c'est un peu renard des surfaces, et un peu fainéant "
A cette époque là, Remy Nussbaum était déjà attaquant, il lui est bien arrivé de jouer défenseur pour dépanner, mais son truc à lui, c'est d'enquiller les buts. Que ce soit du pied fort (le droit), du pied gauche ou de la tête, n'a que peu d'importance à ses yeux, l'essentiel c'est que ça se termine au fond des filets.
Le profil du buteur expérimenté et opportuniste se dessine. A propos des buts que ce Jan Köhler a la sauce Alsace du nord a marqué ( environ 150 rien qu'à Preuschdorf) , c'est toujours dans la surface que ça se passe. Vous ne le verrez quasiment jamais tenter une frappe lointaine. " Mon style de jeu c'est un peu renard des surfaces, et un peu fainéant " avoue-t-il dans un éclat de rire.
Après les années Soultz, direction Drachenbronn (D1) pour cinq saisons là encore bien remplies. Un 16ème de finale de Coupe d'Alsace contre le Racing, et une toute petite défaite 1-0 après prolongation.
Mais le plus beau souvenir de sa carrière reste cette victoire contre Steinseltz qui évoluait déjà en Division d'Honneur "c'est la seule année où ils n'ont pas gagné la coupe crédit mutuel, tout le monde s'en souvient là-bas" raconte-t-il.
"à midi la seule chose que je mange, c'est deux kiwis"
Puis notre homme cède aux sirènes de Preuschdorf qui lui faisait la cour depuis quelques années. Il s'installe définitivement dans un club où ambiance et convivialité sont les maîtres mots "chez nous il n'y a pas de primes de matchs, on préfère se faire un bon restaurant après les rencontres" .
Du haut de ses 35 ans, ses années de footballeur sont comptées, "je vais déjà essayer de finir la saison", rigole-t-il.
Mais il y a des indices qui laissent à penser que le calvaire des gardiens de buts pourrait encore se prolonger de quelques années.
Pas de blessure grave au compteur, une hygiène de vie exemplaire, et un repas diététique les jours de match qui a fait ses preuves, " A midi la seule chose que je mange, c'est deux kiwis" dit-il en exagérant à peine.
Pour lui de toute façon, à Preuschdorf la relève est assuré, " Le jour ou j'arrêterai, il y en aura un autre qui prendra ma place, et peut-être même un meilleur"
Ainsi va Remy Nussbaum, qui l'heure venu, raccrochera sans regrets les crampons. Il aura ainsi un peu plus de temps à consacrer à sa petite famille, et sans-doute que loin des pelouses et des chaussures à crampons, le goléador se mettra en quête d'autres buts...L.H.
Dominique Waechter, l'entraineur de l'U.S Preuschdorf, ne tarie pas d'éloges à propos de son attaquant fétiche, Remy Nussbaum,
"C'est le rêve de tout entraineur d'avoir ce genre de joueur dans son effectif" commence-t-il par dire.
Pour lui, Nussbaum sonne comme une évidence, "Techniquement très fort, intelligent dans le jeu, en fait, il a l'avantage de l'âge et pas encore les inconvénients" raconte-il.
Au fil des mots, on comprend qu'à Preuschdorf de part le rôle particulier de cet attaquant atypique, l'équipe joue pour lui. Mais ce dernier, n'en est pas pour autant un individualiste forcené, "Les finisseurs en général sont égoïstes, lui, il joue collectif, on dirait qu'il prend autant de plaisir à faire une passe décisive qu'à marquer lui même" ajoute-t-il
Comme sur le terrain, dans le vestiaire aussi, le longiligne avant-centre joue un rôle prépondérant , " C'est un garçon calme, posé, qui a un état d'esprit irréprochable"
L'homme n'aurait donc aucun défaut ? En creusant un peu, on peut obtenir le début d'une réponse ," Je pense qu'il peut encore progresser au niveau de ses mouvements devant le but", fini-t-il par lâcher, "Mais ça va l'amuser de savoir que j'ai dit ça".L.H.