Le phénix ottoman
Après avoir fréquenté le monde professionnel en Turquie, Gokham Bayram, âgé aujourd’hui de 26 ans, renaît à l’ambition et espère à nouveau gravir quelques échelons dans le monde du football amateur.
C’était le 30 décembre dernier. Ce soir là, Gokham Bayram avait éclaboussé le tournoi de futsal du FR Haguenau de toute sa classe.
Celui qui a longtemps rêvé de faire carrière dans le football, signait peut-être là son retour, celui d’un joueur qui se veut à nouveau ambitieux.
Le fan de Messi et de Robben a crevé l’écran en marquant 29 buts, uniquement avec son pied gauche, pour remporter le voyage promis au meilleur buteur du tournoi.
« J’ai aussi un pied droit, mais je n’en ai pas besoin, rigole le jeune homme. En Turquie, mon entraîneur me disait souvent qu’il valait mieux n’avoir qu’un pied gauche comme moi, plutôt que d’avoir deux pieds normaux ».
Celui qui a commencé le foot à l’âge de cinq ans dans son village de Kurtzenhouse a, comme beaucoup de jeunes footballeurs, un papa qui est son supporter numéro un.
« Il voulait vraiment que je réussisse dans le football. Depuis mes cinq ans, il m’emmène aux entraînements », se remémore-t-il en songeant à tous ces kilomètres parcourus pour emmener le petit Gokham s’entraîner à Vauban pendant sept longues années.
« C’est là que j’ai vraiment progressé », dit-il encore et c’est là aussi qu’il va découvrir le haut niveau amateur. Il a tout juste dix-sept ans quand il intègre le groupe de l’équipe senior qui évoluait alors en CFA2.
C’est là encore que va naître l’idée d’aller tenter sa chance dans le monde professionnel et de tout faire pour que le rêve devienne réalité.
« Quand je suis allé en Turquie je me suis dit que j’allais faire des tests jusqu’à ce qu’un club me prenne et finalement le premier club m’a dit O.K. Les joueurs comme moi étaient recherchés. Là-bas, il n’y a pas beaucoup de gauchers. »
La belle aventure commence sur les chapeaux de roue, il signe un contrat de deux ans au Sebatspor dans la ville de Trabzon, et participe à son premier match professionnel alors qu’il est tout juste majeur.
« J’étais impressionné, titulaire devant quinze mille spectateurs lors d’un match contre Yozgatspor », se souvient-il une jolie lumière dans les yeux. Une rencontre marquante qui reste, aujourd’hui encore, son meilleur souvenir sur un terrain de football.
Finalement, après deux ans à vivre du football, une pubalgie tenace le ramène à la réalité et à une fin de contrat qui met un terme à ses ambitions.
Comme beaucoup de footballeurs qui ont touché leur rêve du bout des orteils, il mettra beaucoup de temps à digérer.
« Quand je suis revenu en France, j’avais des propositions en CFA, mais je n’avais plus la volonté, je suis descendu en Promotion d’Excellence » résume Gokham Bayram.
Aujourd’hui aux Turcs Bischwiller, l’ambition est à nouveau présente. « On vise la DH dans les cinq ans », annonce le joueur.
Et même si pour l’heure, l’USTB ne pointe qu’à la troisième place du groupe A de Promotion d’Excellence, le milieu offensif est convaincu qu’il y a encore un bon coup à jouer.
Pour meubler la trêve hivernale, il a répondu aux sollicitations de son ami et coéquipier Mounir Chaabi en signant une licence Futsal avec le Sporting Strasbourg pour le « plaisir ».
Ce plaisir, qui a guidé ses choix ces dernières saisons, pourrait maintenant laisser un peu de place à une ambition retrouvée.
« Entre 20 et 24 ans je n’étais plus motivé, maintenant l’envie est revenue. Je me sens en forme, je pense que j’ai les capacités pour jouer jusqu’en CFA2 », garantit le joueur âgé de 26 ans qui a encore de belles saisons devant lui.
« J’aimerais finir ma carrière en beauté », conclut dans un souffle celui qui, comme le phénix, veut renaître de ses cendres et prendre son envol pour guérir définitivement les plaies du passé…
LAURENT HICKEL (c) DNA

